HISTOIRE DE MÉCÈNE


Rencontre avec Gérard Sevrin, Administrateur de l'Entreprise Macors



Cette année, le Caïus du Mécénat de l'Engagement était attribué à MACORS, une entreprise de construction générale située à Hamois. L'entreprise accueille depuis 2013 une résidence d'artiste en ses ateliers. Mais son soutien à la jeune création ne s'arrête pas là...

Pourriez-vous nous présenter, en quelques mots, l'entreprise Macors ?

MACORS est une entreprise générale de construction créée en 1981. Située en province de Namur, à égale distance de Namur et Marche, l’entreprise emploie 70 personnes, compte sa propre menuiserie et développe un chiffre d’affaires annuel de 13 millions d’euros.

 

L’entreprise Macors, a été récompensée cette année par le Caïus de l’Engagement pour son soutien aux résidences d’artistes, pouvez-vous nous expliquer plus en détail ce projet et les raisons qui ont motivé l’entreprise à s’inscrire dans une telle démarche ?

Les maîtres-mots de l'entreprise Macors sont :
dialogue, sens de l'humain, créativité, qualité, polyvalence et formation.
L'ADN de Macors, son mode de fonctionnement, ses passions et ses domaines de compétences motivent ce type de choix depuis l'origine.
Mettre toutes les compétences de l'entreprise au service d'un projet culturel est, nous semble-t-il une responsabilité qui nous incombe mais surtout, c'est d'abord une expression de ce qu'est véritablement l'entreprise Macors : un lieu dédié au dialogue, à la créativité, à la formation, etc. Promouvoir le travail de la jeune création contemporaine belge s'inscrit totalement dans la logique de fonctionnement de l'entreprise Macors.

En 2014, avec le soutien de Prométhéa et en collaboration avec le centre d'art contemporain, La Médiatine, à Bruxelles, Macors crée le prix "Macors".

Le principe est simple : un(e) artiste est sélectionné(e) par Macors lors du jury mis en place annuellement par la Médiatine. Le lauréat reçoit "le prix Macors". Le (la) lauréat(e) est accueilli(e) dans le courant de l'année au sein même de l'entreprise qui lui permet d'accéder à toutes ses ressources : main d'oeuvre qualifiée, conseils de ses ingénieurs, matériaux de toute origine (bois, verre, acier, terre, etc), matériel et machines professionnels, etc. A partir d'un projet amené par l'artiste, la faisabilité de celui-ci est discutée avec un ingénieur de l'entreprise et le coût de réalisation chiffré. Si cette mise en œuvre dépasse le budget alloué dans le cadre du prix décerné par Macors, l'artiste s'adapte et/ou l'entreprise propose des solutions pour alléger le coût total. Le projet arrêté, l'artiste s'applique à la réalisation de celui-ci en travaillant aux côtés des ouvriers de l'entreprise, souvent au sein de l'atelier de menuiserie. Quotidiennement, l'artiste et le personnel de Macors peuvent donc échanger et partager leur expérience.

A la fin du processus, généralement 4 à 6 semaines, l'artiste a matière à monter une exposition personnelle dans les locaux de l'entreprise Macors. Cette exposition débute à la fin du mois de septembre et est accessible au public durant un mois.

 


Vernissage de l'artice Laurence Moyens dans les locaux de l'entreprise, septembre 2015

 

Mise à disposition de vos ateliers, du personnel de Macors, de conseils, …on voit surtout la grande valeur ajoutée pour les artistes qui peuvent grâce à votre soutien bénéficier de matériel, machines et main d’œuvre. Y a-t-il également un retour positif pour l’entreprise Macors et sur vos équipes ?

Accueillir un artiste au sein de l'entreprise, réaliser une exposition à ses côtés n'a rien du calcul, de l'opération de pub et du pur côté "marchand" de l'art contemporain...
Chez Macors, ouvrir les portes de l'entreprise à la jeune création belge, c'est une logique de travail, une manière de fonctionner et d'évoluer, c'est ouvrir son regard et son imagination sur un autre monde que celui de l'industrie et du bâtiment.

Cette collaboration n'est pas un lien d'affaires, c'est une histoire de passions, la volonté de montrer aux autres entreprises mais également au plus grand nombre, que le monde de l'entreprise et celui de l'art peuvent s'entendre, collaborer et créer des choses merveilleuses, le regard de l'un profitant à l'expérience de l'autre !

Macors aime travailler avec des artistes car ceux-ci amènent dans l'entreprise un vent de fraîcheur, une autre façon de travailler qui aide l'ensemble de son personnel à regarder le quotidien autrement, à faire attention à des détails qui seraient passés inaperçus, à appréhender le travail habituel avec un regard plus aigu, plus critique et plus créatif.


Le mécénat semble s’inscrire dans les gênes de l’entreprise, depuis quand et comment y êtes-vous arrivé et qu’est-ce qui motive, dans la durée, un tel engagement ?

Macors a été créée en 1981. Très vite, la volonté de se différencier des autres est apparue. Or, il est bien connu qu'une idée ne fonctionne bien que si elle est portée avec passion. Il y a d'abord la passion du patrimoine et du beau bâti. Le Condroz namurois est en cela une région magnifique qui rassemble de superbes bâtiments anciens que Macors, pour certains, a reçu la mission de restaurer. Ensuite, il y a l'art contemporain et la défense de la jeune création belge... d'abord par goût et puis parce que les nouveaux locaux de l'entreprise, investis en 1989, le permettent : salle d'exposition, parc privé dédié à la sculpture... Tous ces éléments ont fait que naturellement, Macors s'est tournée, imprégnée et nourrie tant du patrimoine que de la culture.

Aucun calcul, aucune opération "séduction". Avec le temps, force a été de constater que la défense du patrimoine et celle de l'art contemporain apportaient un "plus" dans le propre mode de fonctionnement de l'entreprise : ouverture d'esprit, relationnel, connaissance de nouvelles techniques de construction, bel esprit d'entreprise pour l'ensemble du personnel, fierté du travail accompli !

 

  

Lisa Egio et Eliott Kervyn, lors de leur résidence durant l'été 2017

 

La résidence d’artiste que vous offrez aux artistes émergents s’inscrit dans le cadre du Prix Médiatine, était-il important pour vous de vous associez à un acteur culturel ? Cela a-t-il été facile à mettre en place ?

A partir du moment où vous réunissez autour d’une même table des gens passionnés par leur projet, tout est possible et les choses se mettent en place très facilement. C’est comme cela que cela s’est passé pour la création du prix « Macors-Médiatine »… Prométhéa savait que MACORS cherchait de l’aide pour organiser ses expositions d’art contemporain. Wolubilis a été introduit chez Macors par Prométhéa et l’entente a été directe.

Résultat : la collaboration avec le centre d'art contemporain bruxellois est bénéfique pour les deux parties : le centre Wolubilis, initiateur du concours organisé à « La Médiatine », nous offre une participation au jury organisé par lui et nous permet ainsi d'avoir facilement accès aux candidatures déposées par les artistes. Pour Wolubilis, Macors représente une porte d’entrée vers un secteur culturel nouveau et une part de visibilité importante, a fortiori quand Macors décroche le Caïus du Mécénat de l’Engagement 2018


Vous avez participé aux Caïus et même remporté le Caïus du Mécénat de l’Engagement, comment encourageriez-vous d’autres entreprises mécènes à se porter candidates ?

L'ouverture au monde de l'art est avant tout une fenêtre ouverte sur la créativité et la différence. Un choix conscient pour progresser chaque jour, s'ouvrir à d'autres techniques et/ou écouter d'autres points de vue.

En choisissant ce mode de fonctionnement, l'entreprise Macors souhaite démontrer que le secteur de l'industrie et celui de la culture sont tout à fait compatibles. En mettant en relation le monde de l'art et celui de la construction, Macors prouve que l'expérience de l'un profite au regard de l'autre. L'entreprise, par ce biais, peut aussi mettre en avant "sa" main d'œuvre hyper qualifiée qui travaille quotidiennement à des travaux de construction, transformation, restauration et exceptionnellement, quelques semaines par an, à la défense de la Jeune Création Belge en art contemporain.

Pour une entreprise, faire le choix de s’ouvrir à la Culture au sens large, sous quelle forme qu’elle soit, c’est s’ouvrir à une autre dimension qui apportera une plus-value à l’entreprise qui s’engage.

 

Pourriez-vous dire quelques mots sur les autres projets que vous soutenez ? 

Pour promouvoir le travail de l’artiste en résidence, nous organisons un vernissage. Tout le personnel de Macors mais aussi bien d’autres personnes (fournisseurs, architectes, familles, voisins, amis, etc.) sont invités pour découvrir le travail de l’artiste et son interaction dans « l’espace » Macors. Cet événement rassemble environ 200 personnes, un vendredi, en soirée. En 2018, le vernissage de l’exposition de Lucie Lanzini est fixé au 21 septembre.

Chaque année, une nouvelle œuvre d’art s’ajoute à une collection déjà bien garnie. Parmi les œuvres acquises, on trouve des créations de Bob Verschueren, Gérald Dederen, Bernard Thiran, Emile Desmedt, Jacky Lecouturier, Elina Salminen, Laurence Moyens, Sébastien Pauwels, Elliot Kervin, etc.

Un parc d’exposition, voisin de notre immeuble de bureaux, est ouvert en permanence au public pour la promenade, le repos, la rêverie. Les visiteurs peuvent y découvrir les œuvres de Charlotte Marchal, Jef Mouton et Anne Jones.

Macors soutient également le « Collectif Patrimoine » de Prométhéa : chaque année, depuis deux ans, un projet est retenu et bénéficie d’une aide financière non négligeable mais aussi de l’expertise des membres du collectif. Ce projet doit allier défense de la culture, mise en avant du patrimoine et implication de la jeunesse dans sa réalisation.

La restauration de monuments classés ou témoins de notre passé tels que la chapelle Du Mortier au Cimetière du Sud à Tournai fait aussi partie de nos passions (prix du public Caïus 2013).

Il est impossible de citer tous les projets soutenus… La Culture, l’Art et le Patrimoine font partie de l’identité de Macors

La prochaine résidence aura bientôt lieu, pouvez-vous déjà nous donner des informations sur cette future collaboration avec l’artiste ?

Cette année, l’entreprise accueille la jeune artiste Lucie LANZINI. Lucie a déjà commencé à travailler avec nous. L’entreprise Macors va lui permettre de travailler avec des machines beaucoup plus rapides que celles utilisées habituellement et de créer des formes en bois assez compliquées…

Pour le moment, et c’est un scoop, Lucie travaille sur une sculpture « en escalier » qui allie du béton et …du tissus… Résultat à venir découvrir le 21 septembre prochain. Plus d'infos sur www.macors.be


 

[VIDEO]

Histoire de Mécènes: retrouvez le soutien de Macors à la jeune création belge en images !